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Records de température : pourquoi le record de froid français est discuté
Le record de chaleur français ne fait aucun doute. Le record de froid, lui, se raconte avec deux chiffres différents — et l'explication en dit long sur ce qu'est une mesure.
Le record de chaleur : 46,0 °C
Il a été établi le 28 juin 2019 à Vérargues, dans l'Hérault, avec 46,0 °C. Il a pulvérisé le précédent record de 44,1 °C, qui datait du 12 août 2003, dans le Gard, pendant la canicule qui avait marqué le pays.
L'épisode illustre bien le processus de validation. Une valeur de 45,9 °C avait d'abord été annoncée sur une commune voisine ; après vérification des relevés du réseau, dont plusieurs centaines de postes tenus par des observateurs bénévoles, la valeur retenue est devenue 46,0 °C à Vérargues. Un record n'est pas proclamé le jour même : il est expertisé.
Les records de chaleur français se concentrent dans l'arrière-pays méditerranéen, et non sur le littoral. La mer tempère les côtes ; à quelques dizaines de kilomètres à l'intérieur, rien ne freine plus l'échauffement, et un flux descendant de relief peut encore réchauffer l'air.
Le record de froid : deux chiffres pour une commune
Le record officiel de froid en France métropolitaine est de −36,7 °C, relevé le 13 janvier 1968 à Mouthe, dans le Doubs.
Une autre valeur circule pourtant largement pour la même commune : environ −41 °C, dans les années 1980. Elle n'est pas retenue comme record national, parce qu'elle n'a pas été obtenue dans les conditions normalisées d'une station officielle. Une mesure prise hors abri réglementaire, ou dans une configuration particulière, peut être parfaitement réelle sans être comparable aux autres.
C'est tout l'enjeu de la normalisation : un record n'a de sens que si l'on compare des mesures obtenues de la même façon. Retenir une valeur mesurée autrement reviendrait à comparer deux échelles différentes.
Pourquoi Mouthe, et pourquoi ces creux gèlent tant
Mouthe n'est pas la commune la plus haute de France, loin de là. Sa particularité est topographique : c'est un fond de combe fermée, où l'air froid s'accumule sans pouvoir s'évacuer.
Par nuit claire, sans vent, sur un sol enneigé qui rayonne intensément vers le ciel, l'air froid dévale les pentes et se piège dans la cuvette. Rien ne le brasse. Ces « trous à froid » — on en connaît d'autres dans le Jura, les Alpes et le Massif central — descendent bien plus bas que des sommets situés mille mètres au-dessus.
- Une cuvette fermée, sans écoulement d'air possible.
- Un ciel dégagé et un vent nul, pour que le rayonnement joue à plein.
- Un manteau neigeux, qui isole du sol et rayonne très efficacement.
- Une nuit longue, donc le cœur de l'hiver.
Ce que ces records apprennent
Le premier enseignement est méthodologique : un chiffre sans son protocole de mesure ne vaut rien. C'est vrai d'un record comme d'une température affichée sur un site.
Le second est géographique : les extrêmes ne se produisent pas là où l'intuition les place. Le plus froid n'est pas au sommet mais au fond d'une combe ; le plus chaud n'est pas au bord de la Méditerranée mais à trente kilomètres dans les terres. Dans les deux cas, c'est le relief local qui décide — exactement ce qui justifie de regarder la météo de sa commune plutôt que celle de son département.
Situer sa commune
Ce site ne publie pas de records, qui relèvent de la climatologie et non de la prévision. Il donne en revanche les normales sur trente ans de chaque commune — moyennes mensuelles, jours de gel, amplitude —, ce qui permet de savoir si un froid annoncé est ordinaire chez vous ou nettement au-delà.